Lunaria annua - Monnaie du Pape, Herbe aux écus
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    Nom commun : Lunaire annuelle, Lunaire bisannuelle, Monnaie du pape, Herbe aux écus, Médaille de Judas, Monnoyère, Semelle du Pape, Clé de Montre autrefois régionalement et cité dans le Littré : Faux thlaspi, Grande lunaire, Satinée, Passe-satin, Blanc satin, Satin blanc, Bulbonac (écrit Bolbonach), Balvonach ou Médaille, nommée par les anglophones 'Honesty plant, Chinese coins', en allemand 'Einjährige Silberblatt, Silberblätter, Gartensilberblatt , Judassilberling , Judaspfennig, Gartenmondviole, en espagnol 'Lunar anual, Hierba con Ecu, Moneda del Papa', en italien 'Monete del papa, Erba d'argento, Medaglioni del papa', en portugais 'Moedas do papa, Planta de prata, Grama para ecu', en russe 'Lunnik odnoletniy'.
    Nom latin : Lunaria annua L.* que certains préfèrent nommer Lunaria biennis Moench*, Lunaria inodora Lam.*, Lunaria ovalis Stokes.* la révision de 2012 ne retient qu'un seul synonyme Crucifera lunaria E.HLKrause
    famille : Brassicaceae (Cruciferae).
    illustration : planche 105 de Joseph Pitton de Tournefort dans Eléments de botanique, ou Méthode pour connaître les plantes volume , publié à Paris en 1694.BnF-Gallica.
    catégorie : bisannuelle qui ne craint pas la concurrence racinaire dont certaines variétés peuvent être cultivées comme des annuelles à partir d'un semis précoce sous serre.
    port : érigé se ramifiant en partie haute la deuxième année.
    feuillage : caduc, vert assez vif à vert soutenu nervuré lui donnant un aspect gaufré et légèrement bombé. Sur de grandes tiges rigides des feuilles alternes cordiformes, pointues à marge régulièrement dentée. Les feuilles supérieures sont sessiles, les inférieures pétiolées.
    floraison : la seconde année après le semis de la fin du printemps au début de l'été courant mai-juillet, parfumée et nectarifère et pollinifère visitée par les abeilles, les bourdons et certaines espèces de papillons.
    Panicules de petites fleurs commestibles de 2 à 2,5cm à 4 pétales disposés en croix, 6 étamines (4 longues et 2 courtes) dans un calice à 4 sépales effilés.
    couleur : rose violacé plus foncé au niveau des nervures à violet purpurin et rarement blanche pour l'espèce type.
    fruits : dès le mois de juin des silicules orbiculaires comme la lune de 4 cm de Ø, composées de deux carpelles (cloisons) et d'une fine membrane centrale satinée et argentée et des graines aplaties visibles à l'oeil nu qui se récoltent au début de l'automne qui sont convoitées par les oiseaux.
    croissance : rapide.
    hauteur : 0.80 à 1m pour un Ø de ± 0.30m.
    plantation : au printemps ou mise en place de plantules à l'automne qui grossissent tranquillement au cours de l'hiver.
    multiplication : dans bien des cas les graines se ressèment spontanément en pleine terre, également le semis sous châssis froid à l'automne en poquet de 2 ou encore de la fin de l'hiver au début du printemps entre 15-20 °C , compter pour la levée ± 7 jours, repiquer lorsque les plantules font 7 cm et transplanter tous les 30 cm lorsqu'elles sont bien établies vers la fin août en principe, floraison l'année suivante.
    Pour de meilleurs résultats, il est conseillé de semer directement en pleine terre, tout en sachant que les semis tardifs à partir de juin prendront une deuxième année pour fleurir.
    sol : léger, légèrement acide, fertile riche en humus, ainsi que sur des sols graveleux ou argileux.
    emplacement : soleil, mi-ombre partielle.
    zone : 4 - 10, tolère aisément jusqu’à -15°C, une fois installée elle est parfaitement adaptée à la sècheresse. USDA zones 4a-10a.
    origine : fossés, lisières des bois et prairies de l'Europe méridionale et orientale et du pourtour méditerranéen, jusqu'à une altitude de 1500 m, surtout en zones humides.
    Elle a commencé à être cultivée à partir de la fin du 16ème siècle dans les jardins d'agrèment dont elle s'est échappée et s'est naturalisée aux alentours dans les haies et les décombres puis elle a migré un peu plus au nord toujours en climat tempérée. Introduite en France vers 1570 et selon Coste et Le Gendre subspontané aux alentours de 1583, la croyance polulaire lui car on lui attribuait des pouvoirs magiques et la considérait comme un talisman bénéfique qui pouvait améliorer leur condition.
    entretien : la première année arroser sans excès les plants, par la suite les réduire puis les suspendre, en fin de floraison enlever les tiges desséchées pour limiter la propagation sauvage.
    Pour utiliser la Monnaie du Pape dans des bouquets secs, faire sécher les tiges chargées de silicules, la tête en bas et pour faire apparaître la membrane parcheminée et nacrée, il faut juste enlever entre le pouce et l'index, les valves scarieuses.
    maladies et ravageurs : une humidité excessive du sol favorise la pourriture racinaire et le développement de l'oïdium et à la rouille blanche induite par Cystopus candidus. Au printemps, l'extrémités des pousses peut subir les assauts des pucerons.
    C'est la plante hôte des larves et chenilles de certaines espèces de papillons comme celles du blanc crémeux et orange aurore (piéride du cresson) Anthocharis cardamines (Orange-tip) lorsqu'elles sont en manquent de cardamine des près (cresson des prés), d'alliaire ou d'arabis ou occasionnellement l'étonnant Talisman ( Blood-vein ) Timandra comae.
    NB : son nom Lunaria vient du latin 'luna' qui désigne la lune, faisant référence à la forme et couleur de ses fruits et ses noms spécifiques annua signifie annuelle et biennis signifie bisannuelle ce qui semble plus juste comme nom comme l'avait remarqué Moench qui l'a ainsi renommée et fréquemment repris dans de nombreuses citations.
    Les noms de Monnaie du pape, Herbe aux écus étaient aussi les noms donnés à la Lysimachia nummularia dans le patois et les parlers de l'Aunis (nord-ouest du département de la Charente-Maritime) et de la Saintonge.
    Dans le langage des fleurs elle symbolise l'oubli.
    La lunaire annuelle figure hélas sur la liste rouge de la Flore vasculaire de Picardie depuis 2012, de Midi-Pyrénées et région Centre en 2013, de Lorraine et de Haute-Normandie en 2015 et la liste de la Flore vasculaire menacée en Alsace depuis 2014 et depuis 2018 elle figure sur la liste rouge de la flore vasculaire de France métropolitaine qui est consultable en ligne à l'IPNI.
    Ce genre comprenait 32 noms d'espèces référencés après révision en 2012, ont été acceptés que 3 espèces de bisannuelles qui se meurent après la floraison mais se ressèment à l'infini et poussent sans problème dans les terres les plus ingrates et sèches et même au pied des arbres ou dans les haies au sol tapissé de racines ou peu de plantes acceptent de se développer.
    La monnaie du pape a été source d'inspiration pour de nombreux artistes, on la retrouve stylisée dans des oeuvres réalisées par René Lalique (vase), par Louis Majorelle dans la "Villa Jika", la "Villa Bergeret' à Nancy, vitrail et ferronnerie notamment sur la rampe d'escalier, la découvrir.
    Propriétés et utilisations :
    Cette Monnaie du pape est riche en vitamine C et malgré une certaine amertume ses jeunes feuilles, ses boutons floraux, fleurs et ses jeunes siliques sont consommées crues, cuites ou après conservation par lacto-fermentation comme c'est le cas à l'est de l'Europe où les graines grillées entre dans la préparation de thés et associées aux racines séchées puis réduites en poudre comme aromates; et les anciens consommaient ses racines en salade un peu comme celle de la raiponce.
    Les graines contiennent un alcaloïde la lunarine ( août 1971), autrefois la médecine populaire lui attribuait des propriétés diurétiques, vulnéraires, préscrite pour traiter les crises épileptiques et comme remède contre la rage (anti-hydrophobiques).
    Parmi les variétés et cultivars, citons :
    - Lunaria annua 'Alba' environ 1m x 60 cm et des fleurs blanches délicieusement parfumées.
    - Lunaria annua 'Chedglow' une nouveauté 2019 au feuillage vert violacé (aubergine), floraison courant avril-mai d'un rose violacé sur une tige prune, photo bas de page, cliquer dessus pour grand format.
    - Lunaria annua 'Munstead Purple', de 60 à 90 cm de haut, feuillage d'un vert foncé sur des tiges pourprées, floraison couleur magenta foncé (violet rouge voir Pantone / PMS 2415 C).
    - Lunaria annua 'Rosemary Verey'* au feuillage plus larges cordiformes d'un vert foncé maculé de pourpre aux tiges aubergine et floraison couleur magenta foncé assez proche de la précédente.
    - Lunaria annua 'Variegata' au feuillage marginé de blanc.
    - Lunaria annua var. albiflora 'Alba Variegata', feuillage vert soutenu irrégulièrement marginé de crème, une panachure qui n'apparait qu'au cours de la deuxième année, abondante floraison blanche courant avril-mai.
    Brighton Plants © Flickr
    - Lunaria rediviva 'Violette', un cv de l'européenne sauvageonne Lunaire vivace aux fleurs rose pâle ou d'un blanc pur, qui se fait rare est qui et en voie de disparition dans son milieu naturelle formant une touffe buissonnante d'environ 1m de haut x 60cm en fleurs, au feuillage aussi dentelée, abondante floraison parfumée courant avril-mai d'un rose violet parme sur des tiges vertes.
    Autre espèce à cultiver au jardin :
    - Lunaria rediviva L., synonymes retenus Lunaria alpina Bergeret, Crucifera rediviva E.HLKrause, la Lunaire vivace ou Lunaire odorante nommée par les anglophones 'Perennial Honesty', originaire des forêts montagneuses de feuillus du nord et du centre de l'Europe présente dans les Balkans, en Suisse, Italie, Allemagne et présente en France dans les Ardennes, une vivace rugueuse, velue de 0.50 à 1m de haut, aux feuilles poilues en partie base opposés et cordiformes dans la partie supérieure elles sont alternes et plus ovales à lancéolées à marge irrégulièrement dentée et à la floraison plus petite parfumée rose pâle ou d'un blanc pur, aux silicules ovales-oblongues rétrécies aux extrémités, une des rares reliques de la période tertiaire qui est en voie de disparition dans son milieu naturel et elle est moins introduite dans les jardins d'agrément.
    - Lunaria telekiana Jáv. n'a pas de synonyme retenu.

    Annotations :
    *Lam., abréviation botanique pour le naturaliste-biologiste-botaniste français Jean Baptiste Antoine Pierre de Monnet de Lamarck (1744-1829), fondateur de la biologie, il en établi les principes théoriques, voir Philosophie zoologique (1809) où il met en place une nouvelle classification pour les animaux; il est considéré comme le plus grand botaniste de son temps, on lui doit un traité de botanique 'Encyclopédie méthodique' (1783-1793), il y énonce un principe fondamental sur l'évolution des animaux et végétaux qui sous l'influence de diverses conditions induisent des adaptations et modifications. Auteur 'Histoire des mollusques', ouvrage de référence dans la nomenclature des coquillages.
    *L., abréviation botanique pour le médecin, botaniste-naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778), auparavant Carl Linnæus, à qui l'on doit la classification des végétaux, des minéraux et des animaux et la nomenclature binominale, basée sur la juxtaposition de deux mots en principe en latin, désignant le genre suivi du nom de l ’espèce, c'est la base de la taxinomie et de la nomenclature internationale.
    Durant ses études de médecine, il entame la réalisation d'un herbier de la flore de Laponie qui sera suivi d'un ouvrage 'Flora lapponica' et le récit de son Voyage en Laponie édité en 1738, la traduction en français a été rééditée en 2002, éditions de la Différence.
    En 1738, il exerce la médecine durant trois années, puis il l'enseigne durant une année à l'Université d'Uppsala, par la suite jusqu'en 1772, il y enseigne la botanique et il fonde l'Académie des Sciences de Suède. Son herbier, le plus riche de son époque contenait 7000 plantes.
    *Moench., abréviation botanique pour le botaniste allemand Conrad Moench (1744-1805), durant toute sa vie il enseigne à l'Université protestante de Marbourg (Hesse- Allemagne), il est en total désaccord avec Linné à propos de la classification des plantes. On lui doit des ouvrages sur la systématique.
    Un petit genre de 3 espèces présentes au sud de l'Europe, lui est dédié Moenchia (Caryophyllaceae) par un autre opposant à Linné, le médecin botaniste allemand F.K. Medicus (1736-1808), ainsi qu'à une douzaine d'espèces spécifiques sous la forme moenchii, moenchia, moenchiana.
    *Rosemary Verey, une obtention anglais dédiée à la célèbre jardinière paysagiste britannique Rosemary Verey (1918-2001) une créatrice de jardins chère au coeur des jardiniers anglo-saxons qui les a initié au potager ornemental, elle a a conseillé le prince Charles pour son jardin à Highgrove et elle a conçu pour Elton John les jardins de son domaine à Woodside.
    auteur de nombreux ouvrages sur le jardin dont The New Englishwoman's Garden en collaboration avec Alvilde Lees-Milne publié en 1887, The Scented Garden en 1989, The Art of Planting publié en 1990, Rosemary Verey's Garden Diary en 1992, English Country Gardens en 1996 et The Garden in Winter publié post mortem en octobre 2002.
    *Stokes, abréviation botanique pour le médecin-botaniste Jonathan Stokes (1755 – 1831), resté célèbre pour ses travaux et essais cliniques sur l'utilisation de la digitale dans le traitement de l'insuffisance cardiaque.
    natacha mauric© 14/06/2004 ® Jardin! L'Encyclopédie
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