Isatis tinctoria - Pastel des Teinturiers, Herbe du Lauragais
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    Isatis tinctoria
    Brighton Plants © Flickr
    Nom commun : Pastel des Teinturiers, Herbe du Lauragais, Herbe de saint Philippe, dans le nord Guède ou Vouède, nommée par les anglophones 'Dyer's woad, Woad', en allemand 'Färberwaid, Färber-Waid, Deutsche Indigo' en chinois 'Bän làn gên', en espagnol 'Hierba pastel, Isatide, Glasto, Alemán Indigo', en italien 'Guado, Gualdo', en portugais 'Pastel-dos-tinteiros, Pastel'.
    Nom latin : Isatis tinctoria L.*, synonymes Isatis indigotica Fortune, Isatis japonica Miq., Crucifera isatis E.H.L.Krause et 31 autres synonymes consultables sur The plantlist.
    famille : Brassicaceae.
    catégorie : vivace éphémère ou annuelle à racine pivotante.
    port : rosette de feuilles basales de 15 et 20 cm à large côte, aux pétioles violacés et des tiges florales velues dressées et ramifiées.
    feuillage : caduc, vert bleuté glauque presque glabre. Feuilles alternes, lancéolées-oblongues celles du bas sont pétiolées, les supérieures sont amplexicaules et sagittées.
    Des feuilles qui étaient cueillies à la main de la Saint Jean jusqu'à la Toussaint, c'est à dire du 24 juin jusqu'au 1 novembre.
    floraison : du printemps à l'été courant avril-mai jusqu'en juillet selon climat, nectarifère visitée les abeilles. Panicules de petites grappes de fleurs (3-4 mm) à 4 pétales, 6 étamines dont 2 plus courtes dans un calice à 4 courts sépales disposés en quinconce avec les pétales. Lorsqu l'inflorescence commence à fleurir, les feuilles de la rosette commencent à dépérir.
    couleur : jaune vif.
    fruits : croissance : rapide.
    hauteur : 0.8-1.20 m.
    plantation : au printemps, la transplantation est déconseillée à cause de la racine pivotante, la distance optimale pour la récolte du feuillage est de 10 à 20 cm entre les plants et de 30 cm entre les rangs.
    multiplication : les semis spontanés sont importants. Semis à peine couvert en place courant février-mars jusqu'en juin, maintenir le substrat humide; la première année il y aura juste une rosette de feuilles.
    sol : riche, plutôt frais, drainé.
    emplacement : soleil.
    zone : 8 -10.
    origine Asie centrale et Asie orientale du Caucase. Présente Afrique du Nord et en Europe, introduit par les Maures et cultivé jusqu'en Angleterre et diffusé encore plus largement, de nos jours dans certains pays, considéré comme une espèce envahissante comme dans l'ouest des États-Unis où il figure sur la liste des herbes nuisibles (Federal and State Noxious Weeds) dans les états de l'Arizona, Californie, Colorado, Idaho, Montana, Nevada, Nouveau-Mexique, Oregon, Utah, état de Washington et celui du Wyoming.
    entretien : sa culture ne demande aucun entretien.
    maladies et ravageurs : peut subir les assauts des pucerons noirs, à la fin du printemps celle des altises et les larves de la piéride du chou Pieris brassicae (Cabbage white butterfly), dévorent le limbe des feuilles ne laissant que les nervures.
    illustration : planche 45 par le botaniste allemand David Nathaniel Friedrich Dietrich (1800-1888) dans 'Flora medica oder, Abbildung der wichtigsten officinellen Pflanzen', 1831, cliquer sur la planche pour accéder au grand format.
    Isatis tinctoria
    David Nathaniel Friedrich Dietrich
    NB : son nom Isatis vient du grec où il désigne l'espèce et son nom commun de Pastel est d'origine provençale mot venant du latin 'pasta' qui signifie pâte et on lui a retrouvé une filiation au 14 ème siècle à partir d'un mot grec qui désigne une sauce mêlée de farine.
    Initialement le nom de pastel des teinturiers désignait le mélange pâteux qui résultait de la trituration de la plante, par la suite il a désigné la plante elle même et par la suite les bâtonnets utilisés pour dessiner englobant toutes les coloris ainsi que la technique du dessin.
    Ce genre comprenait en 1981 environ 178 espèces dont 107 espèces étaient réparties dans l'Ancien Monde, plus de 50 d'entre elles étaient originaires du circum-méditerranéen et 1 seule de l'Afrique; 11 espèces étaient présentes en Europe et 72 espèces en Asie occidentale. Depuis il a été révisé pour finalement ne comprend plus que 39 espèces, 66 autres noms comme synonymes et 73 autres noms demeurent toujours non résolus en 2021, la liste est consultable sur The plantlist.
    Les feuilles récoltées en été, sont lavées puis écrasées dans des meules dans les moulins pasteliers, donnant une pâte épaisse qui fermente une quinzaine de jours, dégageant une odeur désagréable puis malaxée pour former des petites boules (cocaignes de 15 cm de diamètre) qui sont mises à sécher au moins deux années avant d'être commercialisées.
    Les cocagnes sont réduites en poudre puis mises à bouillir ou à fermenter avec de l'ammoniaque ou de l'urine pour obtenir ce pigment bleu pastel et permet d'obtenir 12 ou 13 autres teintes de bleu; son attrait déclina à l'apparition de l'indigo* Indigofera tinctoria , pour tomber avec d'autres teintures complétement en désuétude.
    En France, depuis la fin du Moyen Âge il était principalement cultivé dans le Lauragais, d'où son nom d'Herbe du Lauragais, dans une zone située entre Albi, Castelnaudary et Toulouse où le fond des cuves de fermentation était récupéré pour peindre les nefs et les voûtes comme celles de l'église du pastel* (Église Notre Dame de l’Assomption), les volets et les portes ainsi que les charrettes*, d'où le nom de bleu charrette. Ce revêtement avait des propriétés fongicides et répulsives éloignant les insectes.
    Pour vous replonger dans son univers, il existe la route historique du pastel, relatée dans l'article de Eric Mension-Rigau du mensuel n°782 de la revue Historia publié en février 2012.
    Propriétés et utilisations :
    Ce pastel était indispensable avant l'arrivée depuis les Indes de l'indigo à la fin du 16e siècle car il était aussi utilisé dans la préparation de la teinture des noirs et des verts, puis pastel et indigo ont été employés de concert ou côte à côte jusqu'au 19e siècle, qui sonne l'avènement d'un pigment synhétique l'aniline et des couleurs d'aniline, en 1897 les premières matières colorantes artificielles débarquent.
    L'isatis est une assez bonne plante fourragère précoce à la saveur piquante et salée qui était pâturé l'hiver par les brebis et c'est également une plante médicinale aux feuilles réputées pour leurs propriétés antibactériennes, antiscorbutiques et dépuratives.
    Dans la pharmacopée traditionnelle chinoise, les racines et les feuilles de l'Isatis indigotica (bän làn gên) sont utilisées pour traiter les fièvres, les infections virales et les gastroentérites. Des propriétés qui ont été confirmées par des études cliniques, aujourd'hui elle est prescrite dans le traitement de l'hépatite B et celui du VIH.
    Aujourd’hui, ce sont ses graines qui sont principalement utilisées dans le domaine de la cosmétique pour prévenir le vieillissement de l'épiderme car en 1992 à Toulouse les chercheurs de l'École Nationale Supérieure de Chimie et le Laboratoire de Chimie des Agroressources ont découvert que l'huile extraite des graine de pastel avaient des propriétés revitalisantes, antibiotiques et diurétique.
    Les racines entrent dans la composition de préparations d'extrait de plusieurs plantes pour améliorer les défenses immunitaires.
    Autres plantes tinctoriales bleues :
    - Scabiosa succisa L., une scabieuse nommée Mors du diable, succise, scabieuse des bois, racine du diable, donne plusieurs coloris bien loin des bleus selon la préparation.
    - Cheiranthus fenestralis L., synonyme Matthiola incana (L.) W.T.Ait., la grande giroflée, présente au sud de l'Europe qui donne un colorant bleu violet.
    - Persicaria chinensis, synonyme Polygonum chinense Houtt., se rencontre en Asie, Inde en Indonésie, en Malaisie, Chine, Vietnam et Japon.
    - Persicaria tinctoria, synonyme Polygonum tinctorium Ait., la Renouée des teinturiers originaire de l'Asie orientale présente en Corée ainsi qu'au Japon, abondamment utilisée jusqu'au 19 ème siècle avec l'isatis et la strobilanthe.
    - Strobilanthes flaccidofolius, endémique à l'Asie du Sud-Est se rencontre au Myanmar (Birmanie) et au nord-est de l'Inde dans l'état de l'Assam et les pays frontaliers : le Bhoutan et le Bangladesh.
    - Nerium tinctorium L., endémique à certaines régions au sud-ouest de l'Inde dans l'état du Karnataka région de Mysore.
    Isatis tinctoria - Marsdenia tinctoria R.B. endémique aux îles de la Sonde présent à Sumatra, Java et Bornéo.
    - Lonchocarpus cyanescens, le Robinier à indigo une légumineuse arborescente présente dans forêts de l'Afrique tropicale.

    Annotations :
    *boules de pastel, appelée localement cocas, cocagnes, cocaignes , ainsi le Lauragais est appelé Pays de Cocagne (Cocaigne), pays où à partir de 1460, la culture et la commercialisation de ces petites cocaignes enrichirent les habitants, c'est peut être l'origine de l'expression pays de cocagne, pays d'abondance.
    *charrette, elles sont largement représentées dans les peinture de nombreux artistes peintres, notamment dans les paysages réalisés dans la campagne arlésienne par Vincent Van Gogh (1853-1890), présente dans son célèbre tableau intitulé 'La Moisson'(juin 1888), à découvrir au Van Gogh Museum d'Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation).
    *indigo, pour protéger la culture du pastel, le roi Henri IV décide de condamner à la peine tous ceux qui oseraient utiliser l'indigo, initiative suivie par d'autres rois et empereurs.
    église du pastel, Église gothique Notre Dame de l’Assomption à Montgeard dans le Lauragais (Haute-Garonne), construite entre 1522 et 1561, on y trouve les tombeaux des riches marchands de pastel ayant financé sa construction.
    *L., abréviation botanique officielle pour Carl von Linné auparavant Carl Linnæus (1707-1778), médecin, botaniste-naturaliste suédois, à qui l'on doit la classification des végétaux, des minéraux et des animaux et la nomenclature binominale, basée sur la juxtaposition de deux mots en principe en latin, désignant le genre suivi du nom de l'espèce, c'est la base de la taxonomie et de la nomenclature internationale.
    Durant ses études de médecine, il entame la réalisation d'un herbier de la flore de Laponie qui sera suivi d'un ouvrage 'Flora lapponica'. A partir de 1741, il enseigne à l'Université d'Uppsala durant une année la médecine puis la botanique jusqu'en 1772, il est le fondateur de l'Académie des Sciences de Suède.
    natacha mauric © 04/06/2000 ® Jardin! L'Encyclopédie
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